Vers la professionnalisation des freelances

92% des freelances d’aujourd’hui voient le freelancing comme un mode de vie durable. Ce ne sont pas des travailleurs précaires en quête de mieux. Ce sont des indépendants qui voient le freelancing comme une finalité en soit. Un choix de carrière viable.
Écrit par : Martin
20/02/2020 - 7 min de lecture
Sujets : Indépendants

Introduction

 

Chez Soan, notre conviction est que s’ils veulent pouvoir construire leur carrière sur le long terme, les freelances doivent se professionnaliser.

Construire, à leur échelle, une organisation similaire à celle d’une entreprise.Ils ne peuvent pas se comporter comme des simples exécutants qui vendent leurs compétences à des clients. Ils doivent ainsi gérer la partie production de leur activité, tout comme le commercial, le marketing, l’administratif et la finance.

Le plupart des freelances en sont conscients, mais ils doivent composer avec des contraintes qui leur sont propres et une société qui n’est pas encore prête à les accueillir.  Les entreprises traditionnelles bénéficient ainsi d’un écosystème déjà mature, qui comprend de nombreux outils, médias et théories pour les aider à être les plus efficaces possibles.

Pour les indépendants, il n’existe que très peu de choses.

C’est normal, l’écosystème freelance est très jeune. Celui de l’entreprise repose sur plus d’un siècle d’itérations et d’évolutions. Un rapide regard vers l’histoire est d’ailleurs très éclairant.

Heureusement, les choses vont dans le bon sens pour les freelances.

De plus en plus d’outils visent à leur simplifier la vie. Ainsi de nouveaux médias voient le jour pour les inspirer et leur donner confiance.

Un écosystème complet arrive à maturité pour permettre ainsi aux freelances se professionnaliser.

 

I  Au fil des décennies, l’entreprise s’est progressivement structurée pour être de plus en plus performante

Petite histoire de l’entreprise et du management

 

Les premières réflexions au sujet de l’organisation de l’entreprise et de la productivité de ses travailleurs remontent au début du XXème siècle. C’est dans l’industrie automobile que les premières avancées ont lieu.

L’année 1908 marque le lancement de la Ford T. Sa production nécessite un peu plus de douze heures. Une dizaine d’années plus tard, dans les années 1920, Ford devient capable de produire ce même modèle en une heure et vingt minutes.

A noter que ces gains de productivité prodigieux (une production multipliée par dix en l’espace de dix ans), sont permis grâce à la division du travail. Les tâches sont découpées et données à des ouvriers spécialisés. Ainsi Il n’est plus question qu’un ouvrier tourne autour de la voiture pour assembler les différentes composantes. Désormais, la voiture défile devant lui sur une chaîne. On ne lui demande plus de remplir plusieurs fonctions en même temps ; il n’a qu’un rôle, qu’il doit ainsi exécuter le plus rapidement possible.

Henry Ford devient le premier à appliquer en conditions réelles les préceptes de “l’organisation scientifique du travail” prônés par Frederick Taylor.

 

Ford

 

Ce premier succès ouvre ainsi la porte à un siècle d’innovations managériales et organisationnelles successives. De nombreux théoriciens vont rivaliser d’ingéniosité pour construire de nouveaux modèles afin de permettre aux entreprises d’aller toujours plus loin, toujours plus vite.

Tous vont tenter de démontrer que le business n’est pas un art, mais bien une science.

Ainsi, après Taylor, c’est Emerson qui va poser les “douze principes de l’efficacité”. Puis le français Henri Fayol va le compléter avec un treizième principe. Il parle d’autorité et de hiérarchie, mais aussi de bonté et d’équité.

On commence à dissocier les fonctions de production et d’administration des entreprises : le siège est en charge de fixer les objectifs et de coordonner les usines qui s’occupent de la production.

 

Dans le même temps, les bases de la consommation de masse émergent :

  • En payant ses ouvriers $5 par jour, Henry Ford leur donne la possibilité d’acheter les voitures qu’ils produisent.
  • Dans les années 1930, le marketing fait son apparition et invite les entreprises à davantage segmenter leurs offres. Les consommateurs ne veulent pas tous la même voiture noire identique. Ils ont des goûts et des envies différentes.

 

En effet, le triomphe des Etats-Unis au cours de la Seconde Guerre Mondiale, marque leur supériorité économique. Les préceptes d’organisation mis en oeuvre ont permis de produire armes, véhicules et matériel militaire, très vite et en très grande quantité.

La production de masse s’empare alors du monde occidental. En France, c’est le début des 30 glorieuses. La demande de biens de consommation semble infinie, alors il faut produire à grande échelle pour inonder le marché. Au sein des entreprises, la hiérarchie est forte. Les managers indiquent aux employés la marche et la cadence à suivre.

De manière inattendue, la demande semble s’essouffler.

Un nouveau mode de production voit alors le jour dans les années 1960-1970, encore une fois sous l’impulsion de l’industrie automobile (japonaise, cette fois) : le flux tendu.

Désormais, c’est la demande qui tire l’offre : on produit uniquement pour répondre aux besoins des clients. Accumuler des stocks inutiles est risqué.

C’est toute l’organisation de l’entreprise qu’il faut ainsi revoir.

 

De nouveaux principes de management voient le jour

 

Par ailleurs, dans un contexte de concurrence mondiale, il faut maîtriser ses coûts et gagner encore en productivité. La direction par objectifs, l’ancêtre des OKRs, s’installe. Chaque individu se voit fixer des objectifs précis et devient responsable de sa performance pour les atteindre.

L’informatique fait son apparition et les innovations technologiques se multiplient. Chose étonnante : celles-ci sont souvent le fruit de petites structures.

 

Nouvelle technologie

 

 

Par conséquent, les grandes entreprises, qui jusque-là n’avaient pour unique objectif que de grossir et d’accumuler les couches de management, se remettent en question.

Dans les années 1980, l’entreprise et le management sont en crise. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication chamboulent leur existence. Il est de plus en plus difficile de prévoir l’avenir. Le monde s’accélère.

Progressivement, le “client” et les “valeurs” deviennent des notions à la mode. Il faut s’adapter et devenir agile.

Les startups technologiques, ces petites structures qui naissent dans un garage, bousculent des industries historiques en quelques années. Des multinationales craignent la “disruption”. Alors elles essaient de les copier : elles créent un département “digital”, lancent leurs propres incubateurs de startup, construisent des open spaces et étoffent leur vocabulaire de nouveaux mots de vocabulaire franglais.

 

Organisations et fonctions de l’entreprise

 

Ce rapide retour en arrière nous enseigne que l’entreprise est un corps en mutation perpétuelle. Sa forme actuelle est le fruit d’une succession de tâtonnement et d’évolutions progressives.

L’entreprise n’est toujours que le produit de son époque. Pour s’adapter et survivre, elle a dû apprendre de nouvelles compétences et étoffer son organisation de nouvelles fonctions.

La forme qui la caractérise actuellement (voir schéma ci-dessous) est une réponse à l’environnement dans lequel elle évolue.

 

Fonctions de l'entreprise

 

 

Chacune de ces branches s’est développée de manière successive pour répondre à un nouveau défi.

 

Portées par l’essor économique d’après-guerre, les entreprises commencent à se doter d’un département marketing et communication. De nouveaux canaux de communication, comme la télévision et la radio, apparaissent. Ils offrent une opportunité pour écouler des productions de plus en plus importantes. On commence à segmenter le marché et à prendre en compte la psychologie humaine.

 

  • Le département Ressources Humaines

Plus le nombre de salariés d’une entreprise est important, plus leur gestion devient un enjeu important. Jusque dans les années 1950, le rôle des Ressources Humaines est essentiellement administratif : elles doivent gérer les rémunérations et les relations sociales au sein de l’entreprise.

Avec le temps, leur rôle gagne en importance. Elles doivent former le personnel et s’occuper de leur évolution. Elles doivent faire attention à leur bien-être et retenir les talents. La marque employeur devient un sujet clef.

 

  • Le département finance et comptabilité

À partir des années 1980, les opérations des entreprises deviennent de plus en plus complexes. Elles produisent et vendent plusieurs gammes de produits. Les entreprises opèrent à l’international, sur des marchés régies par des normes différentes. Ces entreprises doivent financer leurs activités avec des montants de plus en plus importants. Elles doivent faire face à une complexité et une régulation financière croissante.

 

Les responsabilités du département comptable et financier se renforcent. Son rôle devient critique.

A savoir, l’entreprise telle qu’on la connaît s’est cherchée pendant plus d’un siècle (et continuera encore à se chercher pendant les siècles à venir). Sa forme actuelle n’a rien d’un accident de l’histoire. Bien au contraire.

Elle a eu le temps de développer des techniques, des méthodologies et des outils afin de parvenir à fonctionner de manière optimale.

La nouvelle génération de freelances qui émerge n’a pas eu ce luxe. Mais elle compte bien se rattraper.

 

II  Les freelances, s’ils veulent devenir professionnels, doivent recréer ces fonctions à leur échelle

 

Histoire et statistiques sur la montée du freelancing

 

Dans son livre, “Du labeur à l’ouvrage”, Laetitia Vitaud nous rappelle que le salariat n’a pas été toujours synonyme de sécurité et de stabilité. À ses balbutiements, il était loin d’être accueilli chaleureusement par les travailleurs.

Les premiers salariés journaliers ne disposent pas des avantages que l’on connaît actuellement : ils n’ont ni revenus fixes ni protection.

C’est à partir du XXème siècle, et des initiatives menées dans les usines Ford, que le salariat va devenir ce que l’on connaît. L’entreprise a besoin d’une main d’oeuvre importante pour produire ses modèles de voiture en masse. Elle ne peut pas se permettre d’embaucher et de former de nouveaux travailleurs chaque jour. Elle doit inscrire ses salariés dans la durée. Elle doit les “fidéliser”.

Progressivement, un pacte entre les entreprises et les travailleurs se noue : les travailleurs acceptent des tâches difficiles et répétitives, en échange, ils reçoivent des salaires intéressants et un éventail de protections (revenus garantis, maladie, accident et accès à un système de retraite).

C’est ainsi que le salariat va devenir un symbole de sécurité.

En France, à la fin du XXème, le salariat atteint son pic : il concerne 90% de la population active.

Mais les années 2000 marquent un tournant important. Le contexte économique est de moins en moins favorable pour ce type de contrat : la mondialisation est croissante, le marché du travail ne parvient plus à absorber aussi bien les nouveaux entrants, les actionnaires prennent un rôle important dans les entreprises et les syndicats déclinent.

Comme l’explique très bien Laëtitia Vitaud : le système salarial garde ses contraintes habituelles (ses conditions de travail), mais les contreparties offertes en retour sont de moins en moins intéressantes (le pouvoir d’achat ne progresse plus).

Dans le même temps, les nouvelles technologies se développent, et avec elles un nouveau monde des possibles.

Elles bousculent les espaces ainsi que notre rapport au travail.

De nouvelles questions commencent à être posées :

 

  • Pourquoi dois-je encore venir au bureau tous les jours, alors que je peux travailler depuis n’importe où ?”
  • Mais pourquoi suis-je obligé de travailler de 9h à 18h, alors que je pourrais aménager mes horaires autrement?”
  • Pourquoi suis-je obligé d’évoluer dans une structure rigide, qui ne laisse aucune place à ma créativité et qui m’impose un fonctionnement obsolète ? »
  • “Si je peux vendre mes compétences sans trop de difficultés sur le marché, pourquoi est-ce que je travaillerais uniquement avec une seule entreprise ? »

 

Le mouvement autour du freelancing commence à prendre forme.

Mêmes s’ils restent encore largement minoritaires, les freelances constituent une population en forte croissance. Notamment sous l’impulsion des nouveaux métiers du numérique (développeurs, designers, etc.).

En France, la création du statut auto-entrepreneur en 2009 a permis à de nombreux freelances de démarrer leur activité simplement et sans prendre de risque.

Selon l’étude Malt “Le freelancing en France en 2019”, nous comptons près d’1 million de freelances en France et plus de 9 millions en Europe.

 

Leurs principales motivations ?

 

Le besoin d’indépendance, la volonté d’organiser librement leur emploi du temps et l’envie de choisir les projets sur lesquels ils travaillent.

C’est pourquoi, aux États-Unis, ils sont 54 millions à avoir choisi ce mode de vie, soit un quart de la population active américaine.

Avant d’aller plus loin, revenons en arrière et intéressons-nous à l’étymologie du mot “freelance ».

C’est un romancier écossais du nom de Sir Walter Scott qui utilise le terme pour la première fois, au XIXème siècle. Dans l’un de ses livres, il mentionne un guerrier mercenaire qui vend librement sa force et ses compétences (sa lance) sur le champ de bataille au seigneur le plus offrant. D’où le mot “free-lance”.

Cette anecdote reflète bien le comportement des freelances que je désigne : ils constituent une nouvelle classe artisanale à l’échelle moderne.

Comme les artisans, ils possèdent un savoir-faire qui les rend uniques : design, marketing, développement, ingénierie, etc.

Leurs compétences sont utiles et recherchées. Ils possèdent le goût du travail bien fait et aiment prendre le temps de raffiner les détails de leurs créations. Les freelances donnent à leur travail un sens de “fait-main”.

Leur savoir-faire constitue le coeur de leur activité, mais il n’est pas suffisant.

À la manière des artisans, ils doivent également se comporter comme des chefs d’entreprises.

 

Manifeste Soan

 

 

Le freelance professionnel aspire à une organisation similaire à celle de l’entreprise

Les freelances d’aujourd’hui ne sont pas des travailleurs précaires en quête de mieux.

Ce sont des indépendants qui voient le freelancing comme une finalité en soit. Ils désirent en faire une voie professionnelle durable.

Pour Malt, 90% des freelances le sont par choix et 92% envisagent le freelancing comme une solution long-terme.

Le terreau étant plus fertile que jamais pour ce nouveau mode de travail, cette tendance ne va faire que croître.

 

Mais qu’est-ce que cela implique pour ces travailleurs ?

→ Que signifie devenir un freelance professionnel et structurer son activité pour durer ?

 

Je le disais, la situation des freelances est semblable à celle des artisans : ils possèdent des compétences demandées qui leur confèrent de la valeur sur le marché.

Si l’on reprend les différentes fonctions d’une entreprise que je présente plus haut, leur savoir-faire correspond à la fonction “production”.

Sans elle, rien n’existe.

Mais un freelance ne se limite pas uniquement à ses compétences, à ses hard skills.

Comme n’importe quelle entreprise ou artisan, il doit assumer diverses fonctions, plus ou moins liées à son expertise, pour faire fonctionner son activité.

Que valent ses compétences s’il n’est pas capable de se positionner sur le marché pour les vendre, de les structurer sous forme d’une offre cohérente, d’identifier sa cible idéale et de déterminer son prix ?

Pas grand chose.

Il doit maîtriser une palette large de compétences, mêlant soft et hard skills.

 

Skills Freelances

 

 

Le freelance qui souhaite se professionnaliser doit recréer, à son échelle et en tenant compte des subtilités propres à sa condition, une organisation similaire à celle d’une entreprise classique.

Chaque situation dispose de ses avantages et de ses inconvénients. La vraie liberté consiste à choisir ses contraintes et ne pas se les faire imposer.

Les freelances ont beau chercher l’autonomie et l’indépendance, ils doivent tout de même se plier à certains impératifs.

 

Les freelances qui souhaitent construire une activité durable dans le temps doivent développer une multitude de compétences annexes qui, pour la majorité, ne s’apprennent pas à l’école.

 

  • Ils doivent maintenir une activité commerciale régulière pour décrocher des missions et apporter la trésorerie nécessaire à la croissance de leur activité. Ils doivent apprendre à identifier leurs clients cibles, présenter une proposition commerciale et négocier leurs contrats.
  • Mettre en place des actions Marketing pour accroître leur visibilité et renforcer la crédibilité autour de leur nom.
  • Gérer la partie administrative et financière de leur activité. Naviguer au mieux entre leurs obligations et leurs droits.
  • Se former et maintenir leurs compétences à jour pour rester compétitif et apporter les meilleures réponses à leurs clients. Comme une entreprise, ils doivent anticiper les tendances de marché et prendre des décisions stratégiques afin de bien se positionner.
  • Se recréer un cadre par eux-mêmes. Plus de fiches de poste définie ni d’horaires définis. Les freelances doivent apprendre à se construire des conditions de travail qui leur correspondent et leur permet d’être productifs.

 

Ce n’est pas tout. Les freelances font face à une double situation.

Ils doivent bâtir leur entreprise et développer les fonctions nécessaires à son développement.

Mais ils doivent également se protéger en tant qu’individu. Ils ne possèdent pas les conditions dont on peut jouir lorsque l’on possède le statut de salarié.

C’est à eux que revient la charge de se prémunir contre les risques personnels, professionnels et économiques qui pèsent sur eux. Ils doivent anticiper l’avenir en épargnant et en cotisant. Les freelances doivent apprendre à se défendre en l’absence de syndicat ou de force collective.

 

 

freelances

 

Le freelancing comme projet de vie durable et solide est encore assez jeune.

Les freelances d’aujourd’hui doivent composer avec des solutions incomplètes ou inexistantes. Ils doivent accepter des contraintes supplémentaires :

  • Accès au crédit
  • Un Accès au logement
  • Accès à la protection et au système des retraites

 

Ils doivent se former sur le tas et se débrouiller pour naviguer au mieux dans ces eaux profondes.

Les freelances de cette génération sont des pionniers : ils explorent un mode de travail aux caractéristiques nouvelles et doivent composer avec une société qui n’est pas encore prête à les intégrer pleinement.

Heureusement pour eux, cette population est amenée à grandir et le marché qu’elle représente à se structurer. Pour une réelle professionnalisation de leur activité.

 

III  L’écosystème des freelances devient de plus en plus mature, comme celui des entreprises avant lui

 

Les entreprises se sont dotées d’outils toujours plus puissants pour aider les freelances à devenir plus efficaces

 

Les entreprises ont mis plus d’un siècle pour se développer, muter et atteindre leur forme actuelle.

Elles se sont tellement développées qu’elles sont devenues une opportunité de marché à elles-seules. Aux États-Unis, le marché du B2B (les entreprises qui vendent leurs services à d’autres entreprises) a généré 9 trillions de dollars en 2018.

D’innombrables produits et services ont été développés pour satisfaire la complexité organisationnelle croissante des entreprises. Chaque fonction de celles-ci fait l’objet d’un marché à part entière : gestion des finances, conseils en organisation, gestion des ressources humaines, développement commercial, etc.

Un écosystème global s’est développé autour de l’entreprise et de ses multiples facettes.

Comment nous l’avons vu, les premières théories sur l’organisation optimale de l’entreprise sont apparues en même temps que la sortie des premières voitures des usines Ford.

Quelques années plus tard, en 1926, James Oscar McKinsey crée le célèbre cabinet McKinsey & Company. Sa mission est de conseiller les directions des grandes entreprises pour les aider au mieux dans leur développement.

McKinsey & Company est le précurseur d’un nouveau type de société qui va se développer dans le monde entier : les sociétés d’audit et de conseil.

La demande de masse de l’après-guerre pousse les entreprises à accélérer leur croissance. Les graphiques, matrices, variables et modèles envahissent l’entreprise, avec l’ambition de rationaliser au maximum ses activités.

Les universités créent des programmes MBA (Master of business Administration) qui deviennent des voies prestigieuses pour des millions de d’étudiants.

Les écoles de commerce se développent pour former toujours plus de personnes sensibilisées aux bonnes pratiques du management. En France, dans les années 1960, on compte une cinquantaine d’écoles de ce type, réparties dans la plupart des grandes villes françaises.

Un professeur universitaire américain du nom de Peter Drucker publie les premiers livres de référence sur le management : The Practice of Management et The Effective Executive. Drucker ouvre la voie à une myriade d’auteurs et de gourous qui vont l’imiter en essayant de théoriser le fonctionnement optimal d’une entreprise. Aujourd’hui, le rayon “Entreprise et Business” occupe une place de choix dans les librairies.

Les salons et conférences en tout genre à destination des entreprises sont de plus en plus nombreux.

 

Petit à petit, l’écosystème freelance prend le même chemin

 

Le freelancing comme je le définis dans cet article est un mouvement très jeune. Son développement a réellement démarré au début du XXIème siècle, grâce à l’émergence d’Internet et des nouvelles technologies.

 

écosystème freelance

 

À la différence des entreprises traditionnelles, le freelancing ne repose pas sur une histoire aussi riche. Nous disposons de très peu de recul sur ce nouveau mode de travail, dans lequel le travailleur est son propre patron.

Les freelances d’aujourd’hui doivent accepter de faire des sacrifices sur certaines parties de leur vie (professionnelle, mais aussi personnelle) pour vivre dans un système qui n’est pas encore prêt à les accueillir.

Par exemple, l’accès au crédit – et donc à la propriété – leur est encore très limité.

De nombreux indépendants pointent du doigt l’inadéquation entre leur situation (aussi confortable soit-elle) et les critères inflexibles des banques.

Même dans le cadre de contrat de location, leur statut pose problème. Les bailleurs n’étant pas encore suffisamment habitués à cette population, ils ne savent pas comment l’appréhender. Ils préfèrent ainsi se tourner vers des potentiels locataires en CDI, qu’ils considèrent comme plus sûrs (même si c’est de moins en moins vrai).

Bien qu’étant encore minoritaires au sein des populations actives des principaux pays développés, le nombre de freelances est croissant. En 10 ans, leur population a plus que doublé.

Au-delà des statistiques, un autre indicateur prouve que ce mouvement est en train de prendre du poids : les freelances sont devenus une vraie cible marketing pour les entreprises.

Ce n’est plus un petit marché de niche qui n’intéresse que quelques entreprises très spécialisées. C’est un marché en forte croissance qui se construit pratiquement de zéro et dans lequel les opportunités sont très nombreuses.

En effet, Sur de nombreux aspects, la population freelance est une cible idéale. Elle est en croissance et surtout, les individus qui la composent se comportent comme des early adopters. Ils sont jeunes, se forment sans cesse et n’hésitent pas à tester de nouvelles solutions pour répondre à leurs nombreux besoins.

Une nouvelle vague d’entreprises est alors apparue pour leur simplifier la vie, souvent lancées par d’anciens freelances qui ont eux-mêmes expérimentés les difficultés de cette condition.

 

Chacune de ces entreprises aide les freelances à mieux gérer les différentes fonctions de leur activité :

 

  • Trouver des clients

De nombreuses plateformes se sont lancés pour simplifier l’activité commerciale des indépendants. Ces plateformes s’occupent de démarcher et de nouer un engagement contractuel avec les entreprises qui ont des besoins de main d’oeuvre afin de les rendre accessibles à leur communauté de freelances. Il existe de nombreuses plateformes, certaines étant plus spécialisées que d’autres.

Par exemple, on peut citer Malt, Crème de la Crème ou encore Comet.

 

  • Assurer son activité

L’assurance est un sujet d’autant plus crucial que la situation des freelances ne rentre pas dans les grilles des acteurs traditionnels. De nouveaux acteurs comme Alan, Wemind ou encore Otherwise s’attaquent à ses différentes verticales : santé, prévoyance, responsabilité civile, etc.

 

  • Se former

Il est de la responsabilité des freelances de veiller à maintenir leurs compétences à jour. Nous l’avons vu, il ne s’agit pas uniquement d’être bon dans son coeur de métier, mais de maîtriser une palette beaucoup plus diverse : du marketing à la négociation, en passant par la gestion et la productivité. Des organismes comme LiveMentor ou Openclassroom ont pris ce sujet à bras le corps.

 

  • Gérer ses finances

À l’image de l’assurance, les besoins des freelances en termes de gestion de leurs finances sont également spécifiques. Cela peut aller de la simple ouverture d’un compte bancaire à la demande de crédit en passant par des solutions de paiements en ligne. Ainsi, des acteurs comme Shine, Qonto, Soan ou encore Mansa offrent de nouvelles solutions aux freelances.

 

  • S’organiser et être productif

Enfin, des solutions se sont créées pour aider les freelances à gérer leurs différents projets au quotidien et leur permettre de gagner du temps dans leur organisation. Soan propose, en complément de sa solution de paiement, une suite d’outils gratuits qui veille à la réussite des missions des indépendants et Freebe un copilote administratif.

 

Pour conclure, l’écosystème freelance se structure progressivement pour simplifier la vie à ses secteurs et leur permettre de se concentrer sur la valeur qu’ils apportent à leurs clients.

De nombreux médias pour aider les freelances à se développer sont apparus. Des podcasts, à l’image de Tribu Indé ou de Young Wild & Freelance, et des blogs comme celui de Going Freelance.

Les premiers livres commencent à paraître sur le sujet et des conférences et salons à pointer le bout de leur nez. De nouvelles initiatives, comme le Independent Workers’ Union of Great Britain en Grande-Bretagne, vont dans le sens de la création de syndicats pour freelances.

À quand l’apparition de sociétés de conseil spécialisées dans la gestion d’activité d’indépendant ? Elles aussi, délivreront leur savoir à l’aide de graphiques et de matrices.

Dans quelques années, on peut même imaginer créer une nouvelle catégorie d’entreprises. Après les entreprises B2C (qui s’adressent à des individus) et les entreprises B2B (qui s’adressent à des entreprises), pourquoi pas des B2F (pour Freelances) ?

Cela ne paraît pas impossible tant la situation des freelances est particulière et leur place dans l’économie est amenée à grandir.

Pour les freelances, l’avenir est plein de promesses.

 

Merci d’avoir pris le temps de lire notre article !

Article écrit par Valentin Decker, freelance pour Soan.
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